AGROALIMENTAIRE/09-94
ADRIA
LES BIOFILMS
ET LEURS CONSEQUENCES SUR L'HYGIENE DANS L'INDUSTRIE ALIMENTAIRE |
Un biofilm peut être défini de la façon suivante : c'est un ensemble de
microorganismes emprisonnés dans une matrice de polymères organiques, adhérant à une
surface (cf fiches BRITTA ADRIA 25-92/ADRIA 12-93). En conditions naturelles, les microorganismes se
développent préférentiellement sur une surface plutôt qu'en suspension ; aucun métal
(excepté le cuivre qui est toxique), ni plastique ne résiste à la colonisation
bactérienne. Afin de mieux comprendre les problèmes d'hygiène dans l'industrie, cet
article passe en revue la situation des travaux et les théories en cours concernant la
formation des biofilms et l'état physiologique des bactéries qu'ils renferment. Seuls
les biofilms obtenus sur des surfaces chimiquement inertes sont étudiés dans cette
publication.
Les bactéries se trouvant dans un biofilm sont résistantes
aux agents extérieurs tels que les ultra-violets, les agents antibactériens
(désinfectants), la chaleur, les bactériophages. Ces biofilms sont des réservoirs de
différentes espèces bactériennes.
Les biofilms posent des problèmes dans des domaines très divers : en médecine, dans le
domaine maritime, les canalisations, les industries agroalimentaires.
Dans l'industrie alimentaire, on les retrouve dans tous les secteurs : laiteries,
brasseries, meuneries, sucreries, malteries, salaisonneries. Toutes les installations
industrielles, fabriquant des produits à humidité intermédiaire ou élevée, sont
exposées à la formation de biofilms. Tout équipement non stérilisé abrite des
microorganismes qui peuvent démarrer un processus de colonisation entre deux
procédures de nettoyage-désinfection. Un biofilm peut se mettre en place en quelques
heures, et permettre ainsi aux bactéries qui s'y trouvent de devenir
résistantes aux agents extérieurs.
La mise en place d'un biofilm s'effectue en 4 étapes :
- Le transport des bactéries sur les surfaces, par diffusion ou par flux
turbulent.
- L'adsorption : pratiquement instantanée, elle entraîne une
modification physico-chimique des surfaces.
- L'adhésion : elle est due à différents types de forces qui
interviennent entre la surface inerte et la cellule vivante (Van der Waals,
électrostatiques et interactions hydrophobes).
Cette adhésion se fait en deux temps : l'adhésion réversible pendant laquelle la
bactérie peut être facilement enlevée par simple rinçage, et l'adhésion irréversible
qui nécessite des forces plus importantes pour retirer les bactéries (raclage,
brossage).Elle est influencée par l'hydrophobicité des germes, variable selon les
espèces et l'état physiologique du germe concerné, par les substances polymériques
extracellulaires produites par les bactéries ainsi que par la température.
- La colonisation : elle peut durer de quelques heures à quelques mois
en fonction des conditions dans lesquelles se trouvent les micro-organismes. Lorsque
ceux-ci ont adhéré à la surface, ils sont capables de produire des polymères
extracellulaires, et de se reproduire à l'intérieur de la matrice ainsi formée. C'est
cette colonisation qui aboutit à la formation d'un biofilm.
On peut lutter contre les biofilms par deux moyens :
- en empêchant leur installation ;
- en les éliminant lorsqu'ils sont en place.
Les moyens de lutter contre l'installation des biofilms dans le secteur de
l'agroalimentaire sont les suivants :
- Utiliser des produits contenant des agents antimicrobiens tels que les enduits, les
peintures pour les sols, murs et plafonds (mais leur durée d'efficacité est mal connue).
- Mettre en place des surfaces très lisses, résistantes à l'usure, ayant subi un
traitement particulier (electropolishing) mais qui sont pour l'instant d'un coût élevé.
- Eviter des endroits inaccessibles aux procédures de nettoyage-désinfection.
-Nettoyer à intervalles réguliers et sécher ensuite au maximum car l'eau est
nécessaire à l'installation des biofilms.
Les moyens pour éliminer les biofilms sont :
- Le nettoyage : il a pour but d'éliminer la souillure ; c'est probablement l'étape la
plus importante pour minimiser la colonisation bactérienne. Les détergents chlorés
seraient plus efficaces pour détacher les biofilms ; les produits acides ne seraient pas
plus efficaces que l'eau chaude. Une action mécanique telle que le brossage ou la
pression est évidemment nécessaire. L'utilisation d'enzymes ou d'ultrasons petit
également être efficace. Il est important d'éviter au cours de cette étape de
disperser les germes.
- La désinfection : elle a pour but de détruire tous les germes restés après le
nettoyage.
Les bactéries se trouvant dans un biofilm sont plus résistantes que lorsqu'elles se
trouvent en suspension ; cette résistance augmente avec l'âge du biofilm. Certains
auteurs ont montré que les désinfectants qui étaient les plus efficaces contre les
bactéries en suspension étaient les moins efficaces lorsqu'ils étaient appliqués sur
des biofilms. Parmi les produits les plus efficaces, ou trouve l'acide peracétique et les
alcalins chlorés.
Avis de l'ADRIA : la connaissance de ces phénomènes est extrêmement importante pour
assurer la maîtrise de l'hygiène dans les entreprises. A notre avis, des efforts
importants sont à faire du côté des méthodes permettant de détecter (voire de
dénombrer) ces bactéries présentes sous forme de biofilm (méthode de décrochage, de
revivification des germes stressés).
RANNOU M.
| CARPENTIER B., CERF 0. (1993). Biofilms and their consequences with particular reference to hygiene in the food industry. Journal of Applied Bacteriology, 75, 499-511. |
|